Notre 57ème invité publie ses webcomics sur le portail Lapin, bienvenue à Phiip.
Qui es-tu ?
Mon nom est Phiip, the only Phiip. J’ai 30 ans passés (hm), j’habite à Lille.
Comment as-tu commencé à dessiner ?
J’ai suivi le parcours classique (marges des cahiers-caricatures de profs-journal des élèves-succès, gloire filles-première bd moche-première publication-re-gloire, succès filles-montage de maison d’édition-publications à succès-festivaux, rencontres-invitation au Festiblog-overdose dans les toilettes de la librairie Alb…, heu, non, pas encore.
As-tu suivi une formation ?
Oui. Mais pour savoir faire des ronds-points. Du coup, je mets plein de ronds-points dans mes bandes dessinées.
Peux-tu présenter ton blog ?
Non. Je suis trop timide. Et en plus, je fais des webcomics bordel.
Pourquoi as-tu commencé à bloguer ?
J’étais au fond du trou, alors j’ai pris une pelle et j’ai commencé à creuser. Et puis je me suis juré que jamais, au grand jamais je n’aurais de blog, parce que je suis pas un pédé, moi, madame. Non mais.
Quel public voulais-tu rencontrer ?
Des adoratrices avec un gros tour de poitrine et un tout petit tour de tête.
Et finalement qui sont tes lecteurs ?
Mes lecteurs sont les gens qui sont tombés par hasard sur lapin en tapant : « lapin », « bd cul », « bd porno », « le meilleur site porno du monde », « ninja », « elfe alcoolique », « moche », « wallpaper playboy », « photo de nain han, han, tu aimes, dis tu aimes », « tu mérites une bonne fessée », « comment draguer une fille de votre classe », « could not connect to the database », « tee shirt playboy lapin », et bien sûr, « zoophilie gratuite non censurée ».
En bref, la crème de l’élite internaute francophone.
Combien de temps passes-tu en moyenne sur tes notes ?
Si par mes notes, tu veux dire mes comics strips quotidiens, alors c’est deux heures par jour en moyenne, réparties en :
– une demie-heure de conception vautré sur le canapé. Comme en général il est 11h00-12h00, il est assez fréquent que je m’endorme à ce stade ;
– réveil ;
– qu’est-ce que je fous là, ah ouais, conception
– après je dessine les lapins
– après je scanne, je mets en forme et j’ajoute le texte.
Est-ce que ce sont des dessins spécialement faits pour le blog ?
Non, je fais mes dessins pour le New Yorker, et je leur envoie tous les jours, mais ils me répondent jamais, alors je les poste sur le portail lapin, le portail qu’il est bien.
Avec quoi dessines-tu (crayons, pinceau, palette…) ?
Je dessine avec des crayons et des stylos noirs, de type variable, taille 0.7 à 1.0.
Quelles sont tes influences graphiques ?
Le lapin dessiné est inspiré du lapin en photomontage. Il est le produit de l’évolution permanente de lapin.
Combien de temps passes-tu sur les blogs des autres (par jour ? par mois ?) ?
Disons une demie-heure par jour en moyenne, en général je saute de blog en blog via les liens, c’est rare que je reste plus de cinq minutes sur un même blog. Si y’a des filles à poil, je vais probablement le lire beaucoup plus attentivement.
Quels sont ceux dont tu es fan ?
Boulet, et je me retrouve souvent à lire celui de Laurel sans comprendre comment, un peu comme quand on lit Voici dans la salle d’attente du docteur alors que Psychologies Magazine est posé juste à côté. Sinon, je suis surtout l’actualité des webcomics anglophones, Saturday Morning Breakfast Cereals, Droop, The Abominable Charles Christopher, Bigger than Cheeses, Diesel Sweeties, xkcd, the Perry Bible Fellowship, Dinosaur Comics, Dilbert, etc.
As-tu fait des rencontres grâce aux blogs ?
Grâce aux webcomics, oui, on se retrouve souvent avec Jif de webcomics.fr dans tel ou tel festival, plusieurs soirées et rencontres lapin ont été organisée via le forum –notamment une descente de l’Ardèche lapin en canoë, très décorée et très joyeuse en août dernier. La petite communauté des lapins se retrouve régulièrement, et plusieurs lapins sont actionnaires de la maison d’Edition éponyme.
Es-tu sensible aux commentaires ?
En fait, oui, mais lorsqu’ils viennent d’une série très limitées de personnes que je connais et à qui je fais confiance. Les commentaires des webcomics, qu’on a introduits l’année dernière si je me souviens bien, c’est plus un jeu qu’un vrai dialogue. Je préfère nettement les débats du forum lapin. Je suis très mal les commentaires, en particuliers ceux postés sur mes séries à moi, et j’y réponds (lorsque j’y réponds) plusieurs jours/semaines/mois en retard.
Pour toi, quels sont les points forts du blog et de la BD en ligne ?
La liberté éditoriale, la facilité de publication, la suppression des intermédiaires, la possibilité de toucher son public, le tout pour un coût nul à faible, et ce vautré dans son fauteuil une bière à la main.
Et les points faibles ?
Trop d’uniformité, peu d’originalité. Souvent, le contenu des blogs ou des webcomics est faible à nul, et on l’impression de l’avoir déjà lu mille fois. Je ne parle pas de l’intrusion de la publicité et des google ads, qui font que d’ici peu, la blogosphère ressemblera au reste de l’internet, une bouillie de pubs, d’annonces, de flux RSS et de liens, et il faudra une demie-heure pour trouver du contenu quelque part.
Comment penses-tu que la blogosphère BD va évoluer ?
Passé l’excitation première et les excès du début, je suppose qu’elle va se stabiliser un peu, et qu’on va enfin se focaliser sur l’égo des gens, leur humeur, et comment ils se sentent en se levant le matin. Je pense aussi que l’odorama devrait améliorer la qualité de la navigation et qu’on va enfin mieux profiter de toutes les scènes de toilettes et de caca.
Penses-tu que les gens vont de plus en plus lire de BD en ligne ?
Si la qualité globale de la bande dessinée en ligne se maintient, oui. Si elle part trop en couilles, alors les gens ne se fatigueront pas à trier le bon grain du pas bon grain et ils iront glander sur Youtube ou Youporn au lieu de rien foutre sur le portail lapin.
De manière générale, penses-tu que la BD numérique (à lire sur le web, sur iPhone, sur PSP…) pourrait nuire à la BD papier ?
Il s’agit de deux sujets complètement différents, qui n’ont pratiquement rien à voir l’un avec l’autre. A mon avis, ce sont des usages différents, des publics différents, des cultures différentes. On les oppose, mais ils sont complémentaires. Ce n’est pas parce que les webcomics lapin sont disponibles intégralement sur le net qu’ils se vendent moins bien, au contraire. Ce que internet va changer par contre, c’est le visage de la vente de bandes dessinées. On ne va plus avoir besoin de passer par les intermédiaires habituels, ni les librairies (et ce n’est pas faute d’avoir essayé…) Les gens vont sur le site lapin, ils voient des trucs qui leur plaisent, ils achètent le livre directement du producteur au consommateur. On peut avoir vu tous les épisodes des Simpson à la télé et acheter la compilation.
Où peut-on voir ton travail en dehors des blogs ?
Dans mon garage, et dans quatre, non trois, enfin deux librairies françaises sérieuses, une à Paris, une à Lille.
As-tu des albums ? Peux-tu nous les présenter ?
En bande dessinée, j’ai publié « lapin 1, je suis un lapin » en 2005, compilation des premières aventures de lapin en photomontage.
En mai dernier, j’ai publié aussi « les rois du management », une mini-série avec les lapins dessinés, qui reprend des épisodes plus récents.
Enfin, j’ai également publié deux petits livres des citations idiotes illustrés de gags en une image.
Ces magnifiques ouvrages sont disponibles dans la librairie lapin : http://editions.lapin.org/librairie/index.php?cPath=3
Qu’attends-tu de ta venue au Festiblog ?
Un peu d’adulation, un grain de sexe, des ventes phénoménales, et bien sûr, de la drogue.
Parle-nous d’un truc qui n’a rien à voir avec la BD et que tu aimes ?
Aller à l’église, boire de l’eau, l’abstinence, et surtout, la modestie.
Un dernier mot ?
Désolé d’avoir un peu rendu l’interview en retard, mais j’étais vautré dans mon canapé à- attends, j’ai George Herriman qui m’appelle sur l’autre ligne, va falloir que je te rappelle, d’accord ?