On continue notre découverte des auteurs de blogs BD avec l’iconoclaste Turalo, un bloggueur à la fois scénariste, dessinateur et coloriste professionnel. Son blog précédent ayant été victime d’un "accident", c’est avec un blog tout neuf "Le glop du renouvo" que Turalo aborde ce festival…
Comment as-tu commencé à dessiner ?
En attrapant un crayon, j’imagine…
Une légende familiale raconte qu’à ma naissance, trois bonnes fées se sont penchées sur mon berceau. La première m’a doté de la beauté, la seconde de l’intelligence et la troisième du sens de la communication. Hélas, une quatrième fée, qui n’avait pas été invitée, s’est incrustée à la fête. Elle leur dit «Vous avez fait de bons souhaits, je ne peux rien y ajouter de plus.», et elle émit à son tour un vœu «Éric, tu seras dessinateur de bédé !». Depuis, les trois autres fées n’ont cessé de pleurer. Elles savaient bien que cette orientation briserait mes liens sociaux, stopperait net l’évolution de mon intellect tout en provocant la chute financière de ma famille. De plus, les multiples dépressions ont depuis altéré ma probité physique, l’alcool et la nourriture de mauvaise qualité ayant eu raison de mes derniers charmes.
As-tu suivi des cours de dessin ou une formation artistique ?
J’ai été inscrit dans divers établissements dont je ne voudrais pas faire la publicité.
La
rumeur selon laquelle les écoles d’Art sont tenues par des artistes
ratés se vérifie souvent. Ils ne font d’ailleurs pas de meilleurs
fonctionnaires. Mais ils ont la sécurité de l’emploi, une retraite
assurée, des congés payés et plein d’avantages sociaux, ces cons. Je me
demande parfois si ce n’est pas eux qui ont raison. Et puis je
réfléchis une demi-seconde, et je me dis que non.
Peux-tu présenter ton blog ?
Un camaïeu de bleus avec du trait, de l’esprit, parfois des traits
d’esprit. Parfois pas grand-chose non plus, c’est selon l’humeur.
Comment en es-tu venu à blogguer ?
Par de mauvaises influences.
J’ai commencé lecteur, et puis un doigt dans l’engrenage entraînant l’autre…
En
fait, je comprenais mal le phénomène. Il fallait que je le touche du
doigt. Aujourd’hui, après un an et demi, je ne suis pas plus avancé.
Quel est ton objectif premier quand tu bloggues ?
Perdre du temps.
J’en ai trop, il faut croire.
Quel était ton public cible au démarrage ?
Je n’avais pas d’idée préconçue, considérant que j’étais mon premier
lecteur.Peut-être l’envie de maintenir un lien avec certaines
personnes, certains amis avec lesquels je ne maintiens que trop peu de
contact.Aussi absurde que cela puisse paraître, la démarche du blog se
rapproche beaucoup de celle que l’on peut avoir lorsque l’on tient un
journal intime (même si je n’ai jamais trouvé le courage d’en tenir un
très longtemps). Mais j’ai toujours considéré que, même dans la
rédaction d’un journal, le fantasme d’être lu clandestinement joue
beaucoup dans le fait d’écrire ou d’exprimer des idées intimes, de se
livrer… Pour ça, je préfère maintenant l’expression «journal extime»,
empruntée au hasard sur le net.
Quels sont tes lecteurs aujourd’hui ?
Ça, je me le demande bien.
Ce serait plutôt à eux de se présenter…
Des gens biens, dans leur majorité, je crois.
Combien de temps passes-tu sur tes notes (par jour/par semaine) ?
Y’a pas de règle.
Est-ce du matériel fait exprès pour le blog ou un carnet de croquis scanné ou des trucs repris ailleurs ?
J’ai commencé par publier mes travaux en cours, façon mini-site de
présentation de mes divers travaux. Puis ça a dérivé. J’ai continué
petit à petit à dessiner « pour » le blog. Aujourd’hui, la majeure
partie de ce qu’on peut y lire ou voir est réalisée exclusivement pour
le blog.
Comment les réalises-tu ? (crayonnés, palette graphique, aquarelle…)
De façon assez trad’… Dessin à la main, mise en couleur numérique… Rien de bien particulier.
Quelles sont tes influences ?
Je suis un fan inconditionnel de Franquin qui
est un dieu. Sinon j’ai appris mes bases dans les pages de Tortax, une
tortue super-héros dessinée par Dubouillon. Y a aussi Eddy Rissack
(Colin Colas) que j’oublie tout le temps et puis Cavazano. J’en oublie
certainement mais je pense également aux Aventures du Marquis de
St-Piastre de Grammax.
Combien de temps passes-tu à lire les blogs des autres ?
Trop.
Quels sont ceux dont tu es le plus fan ?
Passé la mode « Frantico », je reste lecteur en priorité des blogs
des copains/copines. C’est un lien affectif plus que toute autre
considération. Je redeviendrai «fan» le jour où Franquin nous tiendra
un blog de l’au-delà.
As-tu rencontré des gens grâce aux blogs ?
C’est ce que j’ai découvert avec mon blog. Le fait de se découvrir
de façon, au bout du compte, si extravertie remporte soit de la
sympathie, soit de l’antipathie. C’est finalement assez naturel. Au
final se créent des liens virtuels entre les personnes qui peuvent
ensuite dériver vers des rencontres physiques, souvent de bonnes
surprises.
As-tu une anecdote particulière liée aux blogs ?
Plus y’a du caca, plus y’a d’audience. La blogosphère c’est un peu
le Voicigala du net. Plusieurs anecdotes se bousculent, je suis rentré
en conflit avec quelques personnes par blog ou commentaires interposés,
et cela reste de bons souvenirs, en général. Mais ce ne sont plus que
des souvenirs depuis que mon compte a été piraté et que le contenu de
mon premier blog a été effacé.
Finalement, faire table rase de tout ça permet de repartir à zéro.
Es-tu sensibles aux commentaires ?
Sans parler d’insensibilité, je m’emploie à ne pas me laisser
influencer par le contenu «commentaires». Quand mon premier blog a
démarré «fort» au niveau audience, je me suis rendu compte que je
commençais à rédiger en fonction d’un lectorat potentiel, que j’entrais
dans une espèce de consensus, comme un acte de séduction. J’ai dû
prendre un petit peu de recul nécessaire, je n’écris pas pour être lu.
Du
coup, je considère mon blog en 2 parties distinctes : les notes d’un
côté, espace d’expression libre, et les commentaires de l’autre, sorte
d’ersatz de forum.
Qu’est-ce qui te plait le plus dans les blogs ?
Mettre le doigt dans quelque chose de complètement incontrôlable.
Qu’aimes-tu le moins dans les blogs ?
J’ai un peu de mal avec les gens qui s’inventent un personnage plus
qu’ils ne se livrent. Il y a un côté «manipulation d’audience», «prise
en otage émotionnelle» qui parfois m’exaspère. Il faudrait mener une
réflexion sur les limites de l’autofiction sous couvert d’authenticité…
Que penses-tu des flux RSS ?
Ha, ha, ha ! Je n’ai jamais compris ce que c’était !
Et en dehors des blogs où peut-on voir ton travail ?
Chez les libraires ou dans la presse.
Sur mon bureau ou dans ma tête, autour d’un verre.
As-tu des albums, si oui ? Peux-tu les présenter ?
Une bonne recherche sur Google devrait suffire.
Je tiens mon
pseudo d’un de mes personnages fétiches qui vivait sa vie de lapin
malheureux dans un format «strip» muet et noir et blanc, «Turalo le
lapin» (éditions Triskel).
J’avais publié auparavant deux albums noir et blanc : "Picasso a disparu"
(éditions
CAF16), une aventure pour enfants de 30 pages, et "Humain trop humain
(sic)" (avec Richard Marazano, éditions le Cycliste), un récit
d’anticipation socio-philosophique de 24 pages. Mes premières armes…
Sinon, j’ai animé depuis en tant que dessinateur une série de gags chez
Glénat qui s’appelait «Hermine» (3 tomes parus, avec Delphine Rieu), et
je rédige aujourd’hui le scénario d’une toute jeune série policière,
«Les Enquêtes des Détectives Harley & Davidson» aux éditions EP (1
tome paru, avec Ullcer).
Je travaille aussi en collaboration avec
d’autres dessinateurs comme co-auteur coloriste («L’Irlandais», «Le
Chocolat Magique»…).
Mais les plus beaux projets restent à venir."

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